| Dolomieu autrefois |
Les
greniers recèlent des richesses insoupçonnées. Les objets, les
choses, les écrits y sont conservés; ils témoignent du passé et de
l'attachement que l'on porte avec attendrissement à ceux qui les ont
faits, possédés, rédigés. Souvenirs tangibles et émouvants; les
choses parlent quand les êtres ont disparu...Le grenier de la Mairie, avec ses pièces obscures, ses cloisons séparatives disjointes et ses portes branlantes a, lui aussi, ses richesses poussiéreuses qui font revivre le passé. Pièces d'archives. J'y ai trouvé, par un beau jour d'été, le recensement de la population, daté de 1876. |
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agriculteurs, responsables d'exploitation sont recensés; ils sont
souvent aidés pour les travaux des champs et ceux de la ferme par leurs
épouses et certains de leurs enfants qui œuvrent, en appoint, sur les
métiers à tisser familiaux; aidés aussi par des
"domestiques" et des "journaliers". L'agriculture
qui occupe, à l'époque, 45% de la population active de la France, est,
à Dolomieu, numériquement moins bien représentée; elle reste fidèle
aux structures agraires anciennes : petites propriétés, polyculture et
morcellement parcellaire. |
Le
textile demeure dans la commune, comme en France, un secteur essentiel
par le nombre d'ouvriers qu'il emploie - près de deux millions
pour le pays tout entier - et par la valeur des exportations qu'il
permet. Lyon est la ville de la soie et fournit de l'ouvrage à une
vaste région de St Etienne à Grenoble. Dolomieu est concerné: 723
personnes de la commune relèvent de cette activité: "tisserands,
tisseurs, dévideuses, commis en soierie" soit 28% de la population
totale. 13 "ateliers" semblent alors être ouverts, les autres
ouvriers, et parmi eux de nombreuses femmes, travaillent sur des métiers
à domicile.L'artisanat est alors très diversifié: toutes les professions courantes sont représentées. Celles du bâtiment: 8 maçons, 11 charpentiers, 16 menuisiers, 1 serrurier, 2 ferblantiers; celles qui sont proches de l'agriculture: 2 meuniers, 6 maréchaux-ferrants, 1 forgeron, 7 charrons; celles de l'habillement: 15 tailleurs et "tailleuses", 2 couturières, 6 modistes, 1 repasseuse, sans omettre 10 cordonniers, 3 sabotiers, 4 galochiers, 2 savetiers. On trouvait ainsi à s'équiper des pieds à la tête au village, et la tête des dames s'ornait, les jours de fête, d'objets d'art... L'alimentation a ses commerces: 6 boulangers, 3 épiciers, 3 bouchers, 1 charcutier, 2 coquetiers, 3 presseurs d'huile, 2 aubergistes, 2 cafetiers, 1 bureau de tabac. Le corps pouvait avoir ses parures, l'estomac ses indispensables éléments... Quelques rentiers, notamment au "Château" qui occupait 6 domestiques dont 4 étrangers et une préceptrice pour l'éducation de la jeune vicomtesse. |
Et
de plus dans le village, un notaire et son commis. Le goût de l'épargne
a aussi caractérisé cette époque de prudence. Sou par sou, "le
bas de laine" se constituait. Le notaire était aussi dépositaire
de l'épargne en circulation.La vie spirituelle était de la responsabilité de 2 prêtres: 1 curé et son vicaire, 1 sacristain les accompagnait et 1 suisse contribuaient à donner aux offices leur cérémonial. L'instruction, avant même qu'elle ne devint obligatoire, était assurée dans 2 écoles, l'une privée où enseignaient 3 religieuses, l'autre non confessionnelle tenue par un instituteur et son adjoint. La scolarité ne devait pas être longue: des enfants sont en effet employés dès l'âge de 11 ans. Les professions de santé, enfin, n'étaient alors exercées que par deux "accoucheuses". Sages femmes avant l'heure... |
| Telles étaient la population et la vie de
notre village "Autrefois", il y a plus de 100 ans... Vie de
labeur sans aucun doute, à l'image de celle des habitants de la région
et de la France artisanale et rurale. Vie d'un village qui trouvait en
son sein de quoi satisfaire ses besoins matériels, d'instruction
primaire, ses aspirations spirituelles. Mais vie d'un village qui
semblait déjà aller rapidement dans le sens de la décroissance,
compte tenu d'une poussée démographique ralentie, de l'évolution des
techniques et d'une civilisation de plus en plus urbanisée au détriment
des campagnes. Mais vie d'une commune que se habitants ont su rendre
attractive pour se donner et lui donner des raisons d'espérer.
Maurice CLAUDEL |