Dolomieu autrefois
arrivée de l'autobus sur la place du village (vers 1910)Les greniers recèlent des richesses insoupçonnées. Les objets, les choses, les écrits y sont conservés; ils témoignent du passé et de l'attachement que l'on porte avec attendrissement à ceux qui les ont faits, possédés, rédigés. Souvenirs tangibles et émouvants; les choses parlent quand les êtres ont disparu...
Le grenier de la Mairie, avec ses pièces obscures, ses cloisons séparatives disjointes et ses portes branlantes a, lui aussi, ses richesses poussiéreuses qui font revivre le passé. Pièces d'archives. J'y ai trouvé, par un beau jour d'été, le recensement de la population, daté de 1876.
Un état sur papier parcheminé écrit de la main experte de l'instituteur, secrétaire de mairie, Monsieur COLLOMB, signé du Maire, Monsieur Joseph ROUX. Un état calligraphié, une écriture moulée à la plume d'acier, faite de pleins et de déliés, qui force l'admiration de ceux, victime du stylo à bille, dont l'écriture est à présent peu lisible.
Dolomieu vit à l'unisson de sa région rurale et du Pays. La population y est recensée avec précision cette année là; elle compte alors 2.560 habitants, niveau jamais atteint depuis le début du siècle. Les 556 maisons habitables y sont occupées par 590 ménages et tous les secteurs et lieux dits de la commune sont bien vivants. Une croissance lente due à une très forte natalité.
Non moins intéressant est l'inventaire des professions exercées par les actifs du village. Deux prédominent: l'agriculture et le tissage.
Repas champêtre lors des vandanges au début du siècle289 agriculteurs, responsables d'exploitation sont recensés; ils sont souvent aidés pour les travaux des champs et ceux de la ferme par leurs épouses et certains de leurs enfants qui œuvrent, en appoint, sur les métiers à tisser familiaux; aidés aussi par des "domestiques" et des "journaliers". L'agriculture qui occupe, à l'époque, 45% de la population active de la France, est, à Dolomieu, numériquement moins bien représentée; elle reste fidèle aux structures agraires anciennes : petites propriétés, polyculture et morcellement parcellaire.
Sortie usine Bianchini Ferrier Bordenoud en 1923Le textile demeure dans la commune, comme en France, un secteur essentiel par le nombre d'ouvriers  qu'il emploie - près de deux millions pour le pays tout entier - et par la valeur des exportations qu'il permet. Lyon est la ville de la soie et fournit de l'ouvrage à une vaste région de St Etienne à Grenoble. Dolomieu est concerné: 723 personnes de la commune relèvent de cette activité: "tisserands, tisseurs, dévideuses, commis en soierie" soit 28% de la population totale. 13 "ateliers" semblent alors être ouverts, les autres ouvriers, et parmi eux de nombreuses femmes, travaillent sur des métiers à domicile.
L'artisanat est alors très diversifié: toutes les professions courantes sont représentées. Celles du bâtiment: 8 maçons, 11 charpentiers, 16 menuisiers, 1 serrurier, 2 ferblantiers; celles qui sont proches de l'agriculture: 2 meuniers, 6 maréchaux-ferrants, 1 forgeron, 7 charrons; celles de l'habillement: 15 tailleurs et "tailleuses", 2 couturières, 6 modistes, 1 repasseuse, sans omettre 10 cordonniers, 3 sabotiers, 4 galochiers, 2 savetiers. On trouvait ainsi à s'équiper des pieds à la tête au village, et la tête des dames s'ornait, les jours de fête, d'objets d'art...

L'alimentation a ses commerces: 6 boulangers, 3 épiciers, 3 bouchers, 1 charcutier, 2 coquetiers, 3 presseurs d'huile, 2 aubergistes, 2 cafetiers, 1 bureau de tabac. Le corps pouvait avoir ses parures, l'estomac ses indispensables éléments...

Quelques rentiers, notamment au "Château" qui occupait 6 domestiques dont 4 étrangers et une préceptrice pour l'éducation de la jeune vicomtesse.

L'Echo de Dolomieu sortie à Genève en 1908 avec l'abbé BoursierEt de plus dans le village, un notaire et son commis. Le goût de l'épargne a aussi caractérisé cette époque de prudence. Sou par sou, "le bas de laine" se constituait. Le notaire était aussi dépositaire de l'épargne en circulation.
La vie spirituelle était de la responsabilité de 2 prêtres: 1 curé et son vicaire, 1 sacristain les accompagnait et 1 suisse contribuaient à donner aux offices leur cérémonial.
L'instruction, avant même qu'elle ne devint obligatoire, était assurée dans 2 écoles, l'une privée où enseignaient 3 religieuses, l'autre non confessionnelle tenue par un instituteur et son adjoint. La scolarité ne devait pas être longue: des enfants sont en effet employés dès l'âge de 11 ans.
Les professions de santé, enfin, n'étaient alors exercées que par deux "accoucheuses". Sages femmes avant l'heure...
Telles étaient la population et la vie de notre village "Autrefois", il y a plus de 100 ans... Vie de labeur sans aucun doute, à l'image de celle des habitants de la région et de la France artisanale et rurale. Vie d'un village qui trouvait en son sein de quoi satisfaire ses besoins matériels, d'instruction primaire, ses aspirations spirituelles. Mais vie d'un village qui semblait déjà aller rapidement dans le sens de la décroissance, compte tenu d'une poussée démographique ralentie, de l'évolution des techniques et d'une civilisation de plus en plus urbanisée au détriment des campagnes. Mais vie d'une commune que se habitants ont su rendre attractive pour se donner et lui donner des raisons d'espérer.

Maurice CLAUDEL

Quelques cartes postales du début du siècle