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Le nom de François CUZIN est inconnu de
la plupart des Dolomois 
et nous serons les
derniers à rendre l’hommage qu’il est du à un compatriote qui, né
à l’aube de la première guerre mondiale, vécut la seconde tourmente
héroïquement et fut victime des hordes nazies avant la fin même des
hostilités.
Le petit François naît le 15 août 1914 dans la maison de son oncle,
le mathématicien Élie CARTAN, au Guinet, à deux pas de celle de sa
cousine Jeanne, à qui nous devons l’essentiel du savoir de
l’existence de notre héros. Il a une enfance comparable à celle de
beaucoup de jeunes garçons de l’époque. De caractère enjoué,
farceur à l’occasion, curieux de tout,
aimant la nature et sa campagne qu’il retrouve aux vacances scolaires,
son père est alors directeur des tissages LAFFONT à Lyon. Ses études
secondaires commencent au lycée Ampère dans cette même ville, où
chaque année, il remporte de nombreux prix, qui comblent de joie sa
maman, elle-même fille d’un inspecteur d’académie.
En 1933, ses parents quittent le Rhône pour ouvrir un magasin de
vulcanisation à Toulon et peu après, François, d’une santé fragile
depuis plusieurs années, doit subir une délicate intervention
chirurgicale qui le prive par la suite du service militaire actif, mais
ne l’empêche point de poursuivre de brillantes études au lycée
Lakanal à Paris, avant d’être reçu premier au concours d’entrée
à l’École Normale Supérieure, pour en sortir deuxième, agrégé de
philosophie.
Dès le début des hostilités de la seconde guerre mondiale, il se
rapproche du comité national des intellectuels et du mouvement de libération.
Il choisit son premier poste au collège Gassendi à Digne-les-Bains
pour être près du maquis d’une région qu’il connaît bien ; il y
prend ses fonctions en octobre 1943. Il devient sitôt après
responsable des services de sécurité à l’État-major des F.F.I. et
du comité départemental de libération sous le pseudonyme d’ETIENNE.
En mai 1944, il met en place le comité local de libération de Digne.
Avec le chef civil de la résistance dans les Basses Alpes, MARTIN-BRET
et plusieurs compagnons, il se rend à une réunion urgente à Oraison
dans le Var le 16 juillet 1944. Arrivés sur place, ils ne voient aucun
des chefs du maquis qu’ils doivent retrouver et flairent aussitôt le
piège. Il est hélas trop tard, le traquenard se referme inexorablement
sur eux et tous seront emmenés à Marseille.
François CUZIN subira la torture sans parler et sera exécuté à
Signes dans le Var, le 19 juillet 1944.
Ravi trop jeune à l’affection des siens. François CUZIN était sans
doute à l’aube d’une riche carrière. Un universitaire, une
personnalité aussi brillante aurait inévitablement conduit le
professeur de philosophie qu’il était, à s’exprimer sous diverses
formes littéraires.
En 1971, le conseil de l’U.E.R. de philosophie de Paris 1 Sorbonne a décidé
de donner le nom de François CUZIN à l’une de ses salles. Le jour de
la cérémonie présidée par Messieurs le Recteur et le Président de
Paris 1, la vieille maison accueille avec le professeur JANKÉLÉVITCH
toute la classe philosophique du moment, ainsi que Jean GUÉHENNO, Académicien
et ancien professeur de François qui écrira, le lendemain. dans un
grand quotidien parisien : "Je n’ai jamais eu de plus prodigieux
élève, j’ai toujours pensé que c’était un jeune JAURÈS."
La rue de Toulon où était le magasin paternel porte depuis longtemps
le nom "d’Avenue François CUZIN" tout comme une artère de
la ville de Digne.
François CUZIN repose aux côtés de ses parents et grands-parents dans
le tombeau familial à Dolomieu depuis octobre 1946. Seule une brève épitaphe
rappelle ce que fut sa mort et c’est bien peu pour un homme qui a tout
donné.
G. GARDIEN
Nos remerciements vont à Madame Jeanne
CUZIN de Toulon
et Monsieur Louis TARTIERE, historien dignois,
qui ont retracé la destinée de notre compatriote et permis ce bref
hommage.
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