Historique de la place du village
Pour la énième fois de son histoire notre place de l’église vient de subir une transformation. Ce ne sera pas, à coup sûr la dernière et elle en avait connu bien d’autres dans le passé.
Pour s’en rendre compte, il n’est qu’à consulter le plan daté de 1864 où apparaissent les constructions projetées et réalisées en 1865 pour l’église et peu après pour le bâtiment mairie-école, ce dernier prenant son aspect actuel en 1905.
Ce relevé sommaire de projets relève une toute petite place publique d’à peine 200 mètres carrés, que l’on ne peut même pas qualifier de place de l’église, puisque l’accès à cette dernière se faisait par le coté ouest, face au château, en cheminant dans le cimetière. On voit aussi nettement que les positions de l’église et de la route actuelle ont bouleversé près d’un tiers de l’ancien cimetière qui n’offrait alors que 1.375 mètres de superficie. Il fallut d’ailleurs recourir à l’expropriation à l’encontre des sieurs MERMET et ALLAGNAT, propriétaires immédiats pour l’augmenter de 1.581 mètres carrés, le tout correspondant au vieux cimetière que nous connaissons.
Au cours des travaux qui s’échelonnèrent sur 40 années, la chapelle fut greffée à l’ancienne mairie, qui fut aussi la deuxième maison curiale jusqu’en 1829. La halle et le corps principal du bâtiment qui abrite nos soldats du feu étant, en partie, un cadeau du curé MARRON, pour servir d’abri au marché du mercredi, loger la pompe à incendie, et soustraire le tout à la vue du presbytère.
La fontaine de la place - Photo Bernard GUYLa fontaine remise en eau très récemment est la dernière arrivée dans cet environnement. Sa construction remonte à 1893. Mais déjà, 20 ans auparavant, la municipalité emmenée par le Comte LOMBARD de BUFFIERES avait étudié un projet d’adduction des eaux du Guinet. Une source généreuse promettait 280 litres par minute du précieux liquide, volume largement suffisant pour envisager l’établissement de 2 fontaines publiques monumentales, 2 lavoirs, le reste étant susceptible d’être consommé par 300 abonnés à raison de 500 litres chacun par jour. Le projet était, selon la municipalité, très avantageux car, outre la distribution pour les usages domestiques, il mettait à disposition 4 bassins qui serviraient de réserves au centre du village en cas d’incendie et alimentait enfin tous les terrains situés vers le Champ de foire, autrement dit, le Champ de Mars, qui appartenaient à M. le Maire !
Le cabinet d’ingénierie civile SEBAULT à Lyon chiffrait le coût de l’installation et des terrassements à 30.000 F et proposait, croquis à l’appui, pour disposer d’une pression suffisante, la chute naturelle ne s’élevant qu’à 4,80 mètres, de construire un château d’eau de 100 mètres cubes, à 12 mètres de hauteur et à l’intérieur duquel serait aménagé un local pour abriter une pompe aspirante et refoulante mue par un cheval ou un mulet. Y logerait également un homme pour assurer la manœuvre et nourrir l’équipage.
L’élévation de cette bâtisse coûterait 10.000 F quant au fonctionnement, il est évalué à 445 F en entretien et dépenses diverses, 4 F pour l’homme de service et 3 F, foin et avoine compris pour le cheval, seraient journellement nécessaires. Les congés annuels étant exclus pour l’un et l’autre, il faudrait donc rajouter 3.000 F de fonctionnement annuel.
L’eau vendue 60 F par an aux abonnés à raison de 90 mètres cubes environ fournis à chacun rapporterait 18.000 F, ce qui laisserait un bénéfice de 15.000 F l’an. Le fonctionnement étant, comme toujours et déjà, facturé au client.
Comme pour tout projet d’envergure qui se respecte, il y eut une levée de boucliers, suivie de pétitions venant de propriétaires plus ou moins concernés et qui protestaient contre : "L’inévitable assèchement du ruisseau de Fontalines", selon des usiniers de Corbelin et Veyrins, un coût de réalisation bien trop élevé pour quelques autres et il lui fut opposé un contre-projet établi par 28 habitants du Bresson, commune de Saint-Jean-de-Soudain, (?) qui proposaient une solution bien plus avantageuse à leurs yeux et aux leurs seulement semble-t-il.
Faute d’eau, son histoire alimenta la rumeur publique pendant de longues années avant que la municipalité de Jean RIVIER reprenne le projet en 1892 pour le mener rondement à son terme avec une dépense réduite à 30% du coût de l’étude primitive. Elle acheta 2 sources au sieur Victor REVOL, tisseur de son état au hameau du Grillon, pour le prix de 800 F, payable quand l’eau fluera sur la place publique !
Ces sources se situaient au lieu dit Petit Étang, de part et d’autre du ruisseau de Fontalines donc, pour l’une d’elles, sur le territoire de Faverges-de-la-Tour.
Un commissaire enquêteur fut nommé pour entendre les doléances de l’ensemble des pétitionnaires et déterminer la faisabilité de l’opération en même temps que le Maire confiait à l’architecte BAYET de La Tour du Pin, le soin d’établir le cahier des charges en vue de la construction et d’en chiffrer le montant.
Le 5 juillet 1893, le Préfet de l’Isère, renvoyant à leurs chères études aquifères tous les contestataires, autorisait le maire de Dolomieu :
  • A acquérir les 2 sources au prix de 800 F, le droit d’y faire toutes les fouilles jugées à propos et d’y prendre toutes les eaux qui s’y trouvent.
  • De contracter un emprunt de 12 000 F pour couvrir le montant de la dépense, au taux de 4%.
  • De lever une imposition extraordinaire pour rembourser ledit emprunt pendant 25 ans.

L’adjudication eut lieu le 23 juillet 1893 entre 5 soumissionnaires. Un entrepreneur local, COTTAZ Augustin y participa, son offre ne fut pas examinée pour cause de pièces incomplètes et irrégulières. Le marché revint à l’entreprise DULIN de Crémieu qui, après un rabais de 15,2% consenti sur le prix initial, offrait de faire les travaux pour 8 904 F.
Ceux-ci débutèrent dans les derniers jours du mois de juillet par 2 tranchées ouvertes sur 266,85 mètres, pas un centimètre de moins, parallèles au cours du ruisseau pour drainer les sources jusqu’à la citerne de départ. Là, délaissant la construction qui aurait abrité le fameux manège, le nouvel architecte fit creuser sous la bute du Mollard, un tunnel de 60 mètres de longueur sur 1,5 de hauteur et 1 de largeur pour permettre l’évacuation des gravats à l’aide d’une brouette. Puis 2 624,55 mètres de conduites en ciment de 12 centimètres de vide et 8 de paroi furent nécessaires pour amener l’eau au bassin du Champ de Mars.
Entre les deux places au Navant, l’entrepreneur eut encore à négocier de difficiles passages au travers de bancs de mollasse, ce qui entraîna un surcoût de 360,95 F.
Au terme de 12 mois de travaux, le 2 août 1894 l’eau déclarée potable par l’officine de M. CHAUVIN à Bourgoin, coulait chez les 33 propriétaires abonnés au réseau. On était certes bien loin des 300 prévus initialement mais étaient aussi alimentés : la fontaine de la place, les écoles publiques, le lavoir reconstruit derrière l’église, le cimetière, le bassin et le lavoir du Champ de Mars.
Après 70 années de bons et loyaux services, le réseau de distribution des eaux du Guinet fut abandonné, le débit n’arrivant plus à satisfaire la demande, désormais assurée dans tous les foyers, à profusion, par les récents captages des eaux de Dolomieu-Montcarra.
Aujourd’hui, l’eau coule à nouveau dans la fontaine de la place de l’église "relookée" à l’occasion. Mais si l’installation a pu reprendre du service après quelques calfeutrements, l’eau provient d’une autre source dont il fallait impérativement détourner le surplus qui avait été naïvement rejeté dans le réseau d’égout, au risque de provoquer des désordres dans le fonctionnement de notre station d’épuration.
La seule différence réside dans sa qualité qui est bien loin d’égaler celle de la première amenée par nos aïeux, aussi est-il vivement conseillé de se garder de la consommer, elle n’est pas potable!
Qu’à cela ne tienne, une fontaine qui revit, c’est tellement sympathique.

Guy Gardien